Éditorial

Eleni MITROPOULOU - Nanta NOVELLO PAGLIANTI

EXPOSITION & COMMUNICATION

Les contributions de ce numéro interrogent l’Exposition du point de vue de sa production et/ou de sa réception et en fonction de sa valeur de communication. Fortement orientées ou librement inspirées par une problématique sémio-
tique, ces contributions rendent compte de la complexité communicationnelle du dispositif exposal en tant que dispositif sémiotique. Les enjeux — artistiques, éducatifs, éditoriaux, technologiques, esthétiques, architecturaux, sociaux, institutionnels… — que les textes ici présentés mettent à la lumière du jour signifient que tous les acteurs d’une exposition — y compris le public évidemment — sont toujours et encore confrontés à une série de questionnements en fonction du rôle et des attentes de chaque acteur : Qu’est-ce une exposition qui favorise l’échange par rapport à celle qui favorise la diffusion ? Qu’est-ce une exposition qui favorise la médiation ? Serait-ce une exposition interactive ?
Qu’est-ce une exposition qui commuque sur son objet par rapport à une exposition qui communique avec son objet ?
Comment une exposition fait circuler son public ? Que serait une exposition qui avance avec lui ?
Comment une exposition fait voir, fait sentir, fait croire, fait comprendre, fait connaître, fait être, fait vendre ou fait courir ?
Il n’y a pas si longtemps Télérama  annonçait que « Les expos marchent, les visiteurs piétinent ».
Qu’est-ce alors qu’une exposition média par rapport à une exposition médium? La production du sens étant le fil conducteur de ces questions, la présente livraison de MEI souhaite marquer une étape dans la réflexion sur le pouvoir communicationnel de l’exposition. En amont de la découverte de ces contributions par le lecteur, on pourrait définir ce pouvoir comme une complexité entre acteurs et dispositif significative et visible, effet de sens ou mirage de pratiques grandissantes et partagées. Malgré la diversité des approches et des exemples, les questionnement de ce numéro se centrent autour de la notion de dispositif dans le sens attribué par G. Agamben (2006) « tout ce qui a, d’une manière ou d’une autre, la capacité de capturer, d’orienter, de déterminer, d’intercepter, de modeler, de contrôler et d’assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des êtres vivants ». Cette fonction est prise en charge par l’exposition soit dans la mise en scène de l’objet exposé, soit dans la construction d’un parcours de visite soit dans la réception globale de l’exposition. Les scénographies mobilisent nos diverses capacités de vision multiple, des sollicitations sensorielles et de dialogue avec ce qui est exposé. D’un « montrer » traditionnel à l’emploi
de technologies les plus innovantes, nous assistons à un phénomène d’hybridation et d’ajustements continus entre l’objet, le déploiement de l’exposition et les publics. Le visiteur assiste de plus en plus à la construction (et à la déconstruction) du processus esthétique général, à l’expérience de ce dernier plutôt qu’à la consécration de l’œuvre présentée comme résultat ultime de l’exposition. L’exposition devient de plus en plus une vision possible parmi d’autres, orientée par des critères et des croyances qui dirigent le public vers différents buts : esthétiques, promotionnels, culturels, scientifiques, industriels, patrimoniaux, identitaires, historiques, sociaux, etc. Les structures expositoires contemporaines des musées, les institutions privées en passant par les friches et les appartements, réinvestissent les lieux d’une dimension nouvelle : une ouverture à la société et à l’appropriation collective d’espaces les plus divers et des pratiques de visite aussi. La circulation des informations, les échanges avec les différents acteurs sociaux et la participation des publics construisent une valeur sociale de l’exposal de plus en plus visée par les institutions mêmes. Celles-ci deviennent des miroirs à multiples facettes qui dialoguent avec les différents contextes sociaux. Voilà certains aspects soulevés par les articles et l’interview de ce numéro 41 qui
réinterprètent différentes approches sémiotiques et communicationnelles en lien avec les nouvelles évolutions scientifiques et les problématiques contemporaines de l’exposition. Des institutions muséales aux expositions elles-mêmes en passant par les lieux, les objets, les supports et les publics, le lecteur se trouvera face à un vrai parcours de visite textuel qui inclura les différentes problématiques expositoires.

Eleni MITROPOULOU - Nanta NOVELLO PAGLIANTI

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« Énonciation(s), réénonciation(s) et redistribution(s) dans l’exposition »
Céline SCHALL
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