Design et communication urbaine: un essai de croisement

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Smail Khainnar

MOTS-CLÉS : Design, politiques publiques, communication, habitant.

Smail Khainnar1

Faire la ville contemporaine ne se limite plus à ériger des bâtiments et tracer des voies de communication. Au-delà de ces processus aménagistes portant sur son corps biologique, faire la ville, c’est aussi la communiquer à ses usagers pour rendre intelligible toute action urbaine. Avec ses méthodes de travail tournées vers l’usager et axées sur le prototypage, le design pourrait, selon nous, jouer un rôle important dans la tangibilisation des débats urbains unissant les acteurs responsables de la ville et ses usagers. L’objet de cet article vise donc à s’interroger sur comment sont considérés et accueillis les enjeux de la communication urbaine par le design.

 

Introduction

Avec le triomphe du paradigme de la nouvelle technologie (Virilio, 1996; Castells, 2002 ; Rallet & al, 2007; Musso, 2008) et la montée accrue de la conscience durabiliste, la ville ne s’érige plus sous l’unique agir des architectes et urbanistes. Elle est désormais l’affaire de tous. Le périmètre d’acteurs urbains, faisant d’elle leur objet d’étude et intervention, s’est élargi au-delà des figures d’acteurs classiques (l’élu, le technicien du terrain) pour inclure le journaliste, l’informaticien, l’infographiste, le blogueur, le militant, le designer, l’habitant, etc. Toutes ces intelligences sont invitées à penser, construire et humaniser cette ville « en devenir ». Cela confère donc à la communication, sous ses multiples formes, un rôle primordial pour répondre efficacement aux besoins et attentes des sujets sociaux qui y vivent.
Parmi ces sujets sociaux, ce sont les bénéficiaires des politiques publiques urbaines qui sont concernés par notre propos ici. En effet, vouloir comprendre les points de vue de ces derniers devient l’antidote à toutes les dérives du solutionnisme. Dérives visant à calquer aveuglément des solutions préconçues aux singularités de chaque territoire. Le design, comme discipline et profession axées sur le prototypage et l’expérience-utilisateur, pourrait contribuer à un renouveau dans les pratiques communicationnelles autour des démarches urbaines. Des pratiques qui, le plus souvent, cantonnent les destinataires dans un rôle consultatif plutôt que constructif. Cette étude ambitionne donc d’interroger le rôle du design des politiques publiques dans les processus participatifs urbains. Sur un plan rédactionnel, après avoir posé le contexte et la problématique, dans une partie théorique, les résultats significatifs de deux études de cas seront présentés, discutés et mis en perspective, dans une seconde partie empirique.

1. Le design, la communication urbaine : quels liens ?

Cette partie se propose d’interroger les rapports entre design et communication urbaine. C’est ainsi que la première section (1.1) se penche sur la notion du design, tout en mettant la focale sur le design des politiques publiques. La section (1.2), quant à elle, s’attache à esquisser les enjeux de la communication urbaine dans les processus opérationnels visant la fabrication de la ville. Enfin, la section (1. 3) questionne le rôle que pourrait jouer le design des politiques publiques pour rendre efficientes les pratiques communicationnelles autour des débats urbains.

1.1 Le design des politiques publiques

Tout d’abord, que pouvons-nous dire du et/ou sur le design ? « Le design pense, mais ne se pense pas », écrit (Vial, 2012). Il se présente comme une pratique de la pensée, mais n’est pas...

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Références

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Castells, M. (2002). La société en réseaux: l’ère de l’information, 2e édition. Paris. Édition Fayard.

Collerette, P. (2007). Gérer le changement organisationnel, ISO Management System, octobre 2001/mars-avril 2007, sur le lien http://w3.uqo.ca/collpi01/. Consulté novembre 2015.

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Mucchielli, A. (1994). L’analyse métaphorique d’une communication projective dans le cadre de l’approche constructiviste de la communication. Recherches en communication. N°2.

Mucchielli, A. (2006). Étude des communications : Nouvelles approches. Paris. Edition Armand Colin.

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Musso, P. (2008). Territoires et cyberespace 2030. Editions La Documentation Française.

Norman, D A. (2002). The Design of Everyday Things. Basic books. Inc. New York. NY, USA.

Paillé, P, Mucchielli, A. (2002). « L’analyse qualitative ». Ed Armand Colin.

Rallet, A, Torre, A. (2007). Quelles proximités pour innover ? Editions L’Harmattan.

Thévenot, L. (2006). L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement. Paris, Éditions La Découverte.

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Wolton, D. (2009). Informer n’est pas communiquer. Paris. Ed CNRS.

www.la 27eregion.fr. Consulté en 2015/2016.

Notes de bas de page

1
Smail KHAINNAR est architecte, docteur en SIC (Sciences de l’Information et de la Communication). Il est actuellement maître de conférences à l’université de valenciennes et du Hainaut Cambrésis. Ses travaux de recherche portent sur les processus communicationnels des acteurs urbains. 

2
Les “idéalects” sont, selon l’auteur, des concepts ayant la forme d’idéaux, à condition de préciser qu’il s’agit d’idéaux rationnellement réalisables. 

3
Il convient de s’attarder sur la portée significative de la notion d’« usager ». Dans le domaine des administrations et politiques publiques, diverses conceptions manient cette notion. Usager-bénéficiaire, usager-acteur, usager-client, usager-communautaire, usager-citoyen, etc. autant de conceptions qui mobilisent une diversité d’approches relationnelles à mettre en place avec ce dernier. Dans le cadre de cet article, l’usager est appréhendé comme un sujet ayant recours aux services de la ville (ses institutions, ses espaces, ses infrastructures, etc.) pour satisfaire ses besoins quotidiens et/ou occasionnels. À cet égard, plusieurs types d’usager se profilent derrière cette conception (habitant, commerçant, artisan, militant, visiteur, touriste, cycliste, promeneur, sportif amateur, bricoleur, etc.), et c’est la figure de l’habitant qui nous intéresse tout particulièrement ici. 

4
DTN: Dessin Technique Naturel. Selon Arrighi (Arrighi, 2007), les DTN sont des ingrédients graphiques (croquis, schémas, brouillons, etc.) qui se confectionnent dans et pour la situation afin de renforcer le discours oral du communicant (enseignant expliquant son cours à ses élèves, chef de chantier expliquant l’action à entreprendre à l’un de ses ouvriers, etc.). 

5
Ce principe consiste, pour les designers de la 27e région, d’effectuer un séjour, de quelques semaines généralement, dans un territoire. Cela pour rencontrer et travailler avec les acteurs locaux (habitants, élus, associations, etc.) afin d’élaborer des solutions aux diverses problématiques (urbaines, administratives, culturelles, sociales, etc.) préalablement définies par ces mêmes-acteurs locaux. 

6
Les cadres spatiaux concernent généralement les salles (de spectacles, ou polyvalentes) se trouvant dans les locaux des sièges des mairies. Les cadres temporels, quant à eux, concernent habituellement les phases amont de la démarche urbaine. Cela se passe généralement après avoir conçu les artefacts du projet. 

Smail Khainnar

Univ Lille Nord de France,
F-59000 Lille, France ;
UVHC, DeVisu, F-59313 Valenciennes, France.
Le Mont Houy. 59313 VALENCIENNES CEDEX 9
smail.khainnar@univ-valenciennes.fr

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Ian Montgomery - Ruth Brolly
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